Perquisition au Ministère de l’Économie à Paris, liée à une enquête sur du blanchiment immobilier visant le Russe Souleïman Kerimov. Enjeu : 38M millions d’euros pour des villas de luxe sur la Côte d’Azur.
Ce Jeudi 27 Mars 2025, le Ministère de l’Économie et des Finances, situé à Paris (Île-de-France), a été perquisitionné dans le cadre d’une information judiciaire ouverte initialement pour des soupçons de blanchiment immobilier impliquant un milliardaire russe, a révélé le parquet. Selon le Ministère public, ces perquisitions visent à éclaircir un dispositif fiscal lié à des villas de luxe sur la Côte d’Azur, dont l’enjeu financier est estimé à plus de 38 millions d’euros. Ces propriétés auraient été déclarées sous des prête-noms afin de masquer leur véritable propriétaire, un ressortissant russe.
Les investigations portent notamment sur un accord fiscal conclu en 2019 entre l’administration française et Souleïman Kerimov, un oligarque originaire du Daguestan. Avec une fortune estimée à plus de 16 milliards de dollars, Kerimov est l’une des figures les plus fortunées de Russie. Depuis le début de l’offensive russe en Ukraine, le Jeudi 24 Février 2022, il fait également partie des personnalités visées par les sanctions de l’Union européenne, qui exigent le gel de ses avoirs.
Une restructuration fiscale sous surveillance
Nikita Sichov, avocat de Souleïman Kerimov, a expliqué que l’accord fiscal de 2019 reposait sur une restructuration des biens immobiliers. Les villas du Cap d’Antibes auraient ainsi été rachetées par des sociétés détenues par Gulnara Kerimova, la fille de l’oligarque. Depuis cette opération, elle s’acquitterait chaque année d’un impôt sur la fortune immobilière dépassant les 4 millions d’euros. Cependant, cette manoeuvre n’a pas dissipé les soupçons des autorités françaises, qui enquêtent sur Kerimov.
L’affaire a débuté en 2014 à Nice (Alpes-Maritimes), à la suite d’une opération de la brigade des stupéfiants. Des mouvements suspects d’argent liquide avaient attiré l’attention des enquêteurs, qui avaient remonté la piste jusqu’à l’oligarque. Au cœur des investigations : l’achat, en 2008, de la villa Hier à Antibes (Alpes-Maritimes). Officiellement acquise pour 35 millions d’euros, son prix réel aurait atteint 127 millions d’euros selon les autorités, suggérant une sous-déclaration manifeste. Plusieurs acteurs locaux – notaires, agents immobiliers, avocats et administrateurs – ont été mis en examen dans ce dossier.
Une arrestation retentissante et des enquêtes relancées
En Novembre 2017, Souleïman Kerimov avait été arrêté à sa descente d’un jet privé à Nice, une interpellation qui avait provoqué l’ire de Moscou. À l’époque, le parquet estimait que le montant d’argent clandestin introduit en France par l’oligarque oscillait entre 500 et 750 millions d’euros. Ses avocats étaient toutefois parvenus à faire annuler sa mise en examen, un revers pour la justice française.
L’affaire a rebondi en Août 2022, lorsque le parquet de Nice a confirmé avoir reçu, en Juin 2022, un signalement de traitement du renseignement et action contre les circuits financiers clandestins concernant Kerimov. Ce signalement pourrait avoir relancé les investigations, aboutissant à la perquisition de ce Jeudi au Ministère.
Les perquisitions en cours devraient permettre de lever le voile sur les mécanismes fiscaux et financiers ayant permis de dissimuler la propriété de ces villas de luxe. Elles soulignent également la détermination des autorités françaises à traquer les avoirs illicites, notamment dans le contexte des sanctions internationales visant les oligarques russes. Pour l’heure, ni Souleïman Kerimov ni son entourage n’ont réagi publiquement.





