Dans un monde où la piraterie se joue derrière des écrans, la gendarmerie maritime déploie CYBERGENDMAR, une unité d’élite chargée de traquer les pirates numériques et de protéger les mers françaises connectées.
Dans un monde où la piraterie se pratique désormais derrière un écran, la gendarmerie maritime a dû changer de cap. À Toulon (Var), une poignée d’enquêteurs veille à la sécurité numérique des mers françaises. Leur nom : « CYBERGENDMAR ».
Oubliez les sabres, les pavillons noirs et les abordages en pleine mer. Les pirates d’aujourd’hui sont armés de claviers et de codes malveillants. Ils ne s’en prennent plus aux cargaisons, mais aux serveurs des compagnies maritimes, aux logiciels de navigation ou aux systèmes logistiques des ports.
Ces attaques silencieuses peuvent immobiliser un navire, bloquer tout un terminal portuaire ou détourner des flux commerciaux entiers. En 2020, le groupe CMA-CGM, géant mondial du transport maritime, en a fait les frais, paralysé plusieurs jours par un ransomware. Face à ce nouveau fléau, la gendarmerie maritime a décidé de créer sa propre riposte numérique.
Une unité née de la mer et du code
C’est en 2018 que voit le jour CYBERGENDMAR, la cellule nationale cyber maritime. Rattachée à la section de recherches de la gendarmerie maritime à Toulon, cette petite unité de plusieurs enquêteurs concentre une expertise unique : celle de marins devenus experts du cyberespace.
Nous connaissons la mer, ses métiers, ses contraintes. Mais nous maîtrisons aussi les codes du numérique, là où les nouvelles menaces se cachent.
Gendarme enquêteur CYBERGENDMAR
Leur mission est simple dans les mots, complexe dans les faits : « protéger le monde maritime des attaques informatiques ». Cela signifie intervenir aussi bien sur un navire victime d’un sabotage numérique que dans un port frappé par un virus.
Les enquêteurs décortiquent des ordinateurs de bord, examinent des tablettes de navigation, remontent les traces laissées par les pirates informatiques et accompagnent les entreprises dans la sécurisation de leurs systèmes.
Un océan d’enquêtes
Depuis sa création, CYBERGENDMAR a vu croître le nombre de dossiers à un rythme soutenu. Les incidents signalés ne concernent plus seulement les grands armateurs, mais aussi les chantiers navals, les opérateurs portuaires et, parfois, des pêcheurs connectés. Chaque enquête est une navigation à vue entre le monde maritime et celui de la cybercriminalité. Les enquêteurs doivent comprendre aussi bien le fonctionnement d’un radar que celui d’un ransomware.
Pour mener ses missions, la cellule s’appuie sur un réseau national de correspondants cyber déployés sur toutes les façades maritimes. Ces relais permettent d’intervenir vite, d’analyser les incidents et de sensibiliser les acteurs locaux.
Prévenir pour ne pas couler
Au-delà des enquêtes judiciaires, CYBERGENDMAR s’est imposée comme un acteur de la prévention. Les enquêteurs sillonnent les ports, rencontrent les armateurs, forment les personnels et alertent sur les risques liés à la numérisation croissante des systèmes de bord. Car beaucoup d’entreprises hésitent encore à signaler une attaque, craignant d’écorner leur image. Grâce à ces actions de sensibilisation, une véritable culture de la cybersécurité maritime commence à émerger.
Avec 90 % des échanges commerciaux mondiaux passant par voie maritime, les enjeux sont considérables. Une attaque bien ciblée pourrait désorganiser le trafic international ou menacer la sécurité des équipages. C’est pourquoi la France renforce sa défense dans ce domaine. La création d’un centre national de coordination de la cybersécurité maritime et d’un CERT maritime (Computer Emergency Response Team) marque une étape décisive. CYBERGENDMAR en sera l’un des piliers, aux côtés de la Marine nationale et de l’association France Cyber Maritime.





