Des attaques coordonnées visent les prisons et leurs agents. Véhicules incendiés, menaces et revendications anonymes inquiètent. L’État évoque une riposte du narcotrafic et saisit le parquet antiterroriste.
La tension est montée d’un cran autour des établissements pénitentiaires depuis le week-end dernier. Véhicules incendiés, menaces, tags revendicatifs, et même tirs à la kalachnikov : les attaques visant les surveillants et leur environnement personnel se multiplient, semant l’inquiétude dans le rang des agents.
Ce Mercredi 16 Avril 2025, sur CNEWS, le Ministre de la Justice Gérald Darmanin a affirmé qu’« il y a manifestement des gens qui essaient de déstabiliser l’État en l’intimidant », après l’incendie de plusieurs véhicules devant la prison de Tarascon (Bouches-du-Rhône) et le domicile d’un agent à Aix-Luynes (Aix-en-Provence). À ces faits s’ajoutent des violences similaires en Seine-et-Marne.
ALERTE – Plusieurs prisons sont attaquées dans toute la France ces dernières heures. Les prisons d'Aix-en-Provence, Marseille, Valence, Nîmes, Luynes, Villepinte, et Nanterre ont été victimes d'incendies de véhicules et de portes d'entrée et le centre pénitentiaire de Toulon a… pic.twitter.com/58otShnyBG
— Infos Françaises (@InfosFrancaises) April 15, 2025
Au total, 21 véhicules ont été incendiés ou tagués en quatre jours, selon les autorités. Une flambée de violences qui a conduit le parquet national antiterroriste à se saisir de l’affaire dès Mardi 15 Avril 2025, notamment sous la qualification d’association de malfaiteurs terroriste criminelle. Le caractère coordonné et national des actes, leur symbolique et leur volonté manifeste de troubler l’ordre public ont justifié cette décision.
Un mystérieux groupe sur Telegram
Les enquêteurs s’intéressent tout particulièrement à un acronyme retrouvé sur plusieurs scènes : « DDPF », pour « défense des droits des prisonniers français ». Ce groupe, qui vient tout juste d’émerger sur la messagerie chiffrée Telegram, revendique les actes tout en niant toute intention terroriste. Dans l’un de leurs messages, ils déclarent : « Nous ne sommes pas des terroristes, nous sommes là pour défendre les droits de l’homme à l’intérieur des prisons ». Un homme a été interpellé dans l’Essonne pour avoir relayé « un appel à la violence » sur Telegram.
Si l’hypothèse de l’ultragauche a été écartée par plusieurs experts, la piste du narcotrafic semble privilégiée par les autorités. Le Ministre de la Justice, Gérald Darmanin évoque une représaille à des mesures de plus en plus fermes contre la criminalité organisée :
Pour la première fois, nous prenons des mesures qui stressent la criminalité organisée.
Gérald Darmanin, Ministre de la Justice
Un photomontage retrouvé sur Telegram montre le Ministre derrière les barreaux, accompagné des slogans « Justice pour les détenus » et « Non au projet Darmanin », en référence au projet de loi contre le narcotrafic actuellement en discussion au parlement.
Autre hypothèse plus trouble, celle d’une intervention étrangère. Elle fait écho à des précédents récents, comme les tags d’étoiles de David en Île-de-France, dont les enquêteurs suspectent qu’ils pourraient être orchestrés depuis la Russie. Pour Wilfried Fonck, secrétaire national de l’UFAP-UNSa Justice, cette possibilité reste à surveiller.
Agents pénitentiaires : cibles et en première ligne
Les surveillants pénitentiaires sont désormais clairement dans le viseur. Cocktails Molotov, incendies de véhicules personnels, menaces en ligne… La violence déborde même des murs des prisons. Certains messages postés sur Telegram – aujourd’hui supprimés – appelaient explicitement à attaquer les surveillants.
Face à cette vague de menaces, la sécurité des agents est devenue une priorité. Des mesures de protection fonctionnelle peuvent être déclenchées : assistance juridique, soutien psychologique, voire relogement.
À l’intérieur des établissements, les agents disposent de gilets pare-lames, de sifflets d’alerte, et dans certains cas, de matraques télescopiques. Des caméras-piétons sont également expérimentées depuis 2022. Lors des transferts sensibles, les agents peuvent être armés et appuyés par les équipes locales de sécurité pénitentiaire ou, en cas de crise grave, par les équipes régionales d’intervention et de sécurité.
Une bataille pour l’autorité de l’État
Entre revendications floues, stratégie de peur et attaques coordonnées, la République semble confrontée à une tentative de déstabilisation directe de ses institutions pénitentiaires. Le gouvernement, de son côté, affiche sa fermeté. « Nous ne voulons pas nous laisser faire« , a martelé Sophie Primas, porte-parole du gouvernement. L’heure est à la mobilisation totale contre un ennemi encore diffus, mais dont les actions sont de plus en plus visibles et violentes.





