Trafics de drogue dans les quartiers : Dans la région, la police face aux fusillades en série

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Cartographie de la délinquance par quartier, partage des renseignements criminels et surveillance ultradiscrète sur le terrain : la police judiciaire s’adapte pour enquêter et répliquer.

« Il ne faut pas se le cacher : la tendance est assez inquiétante. » À la tête des 250 policiers du SRPJ de Montpellier, le commissaire général Jean-Philippe Fougereau est mobilisé comme jamais sur les fusillades qui à Perpignan, Nîmes ou Montpellier, ensanglantent les quartiers, fascinent les réseaux sociaux, et affolent les habitants. Un mort en février à Montpellier, quartier La Mosson, un deuxième en juin, cité Saint-Martin ; un autre à Sète en avril, à l’Île de Thau ; un jeune de 21 ans abattu en juin à Nîmes, au Chemin-bas d’Avignon ; un quadragénaire tué à Perpignan en septembre. Sans compter les multiples affaires de tirs à l’arme de guerre, qui n’ont pas eu d’issue fatale.

Saisies d’armes et rafales en forte hausse en 2020

« Sur le ressort du SRPJ de Montpellier, de Perpignan à Avignon, on a sur une année normale environ 35homicides et tentatives homicides, indique le commissaire Fougereau. L’an dernier, en 2019, on en a eu 49, et si on reste sur la même tendance, on sera à la fin de l’année autour de 80. »

Même constat pour la découverte ou la saisie d’armes de guerre : « En 2919, on avait quadruplé nos saisies. En 2020, on va doubler ce chiffre, et finir avec 150 armes saisies. »

« C’est un phénomène national, il n’y a pas que dans le sud que ça tire. Mais c’est en pleine explosion : on l’a vu arriver à Avignon en 2017-2018, à Nîmes et Perpignan fin 2019. Sur Montpellier, c’est plus récent. » Derrière ces rafales, une industrie qui tourne à plein régime : le deal, la vente de drogue. Un monde économique sauvage, où concurrence et rivalité commerciales se règlent à la kalachnikov.

 » Ça génère des profits considérables, et donc des conflits importants. Les territoires de chaque clan bougent peu, mais on a le syndrome d’Iznogoud : quand le chef part en prison ou en cavale, ses lieutenants veulent tous prendre la place du calife. « 

Des scènes de crime qui n’apportent pas d’indice

Pour identifier ceux qui tirent et qui tuent, la PJ de Montpellier a fait un étonnant travail de fond. Car les scènes de crime n’apprennent pas grand-chose.  » On a affaire à des gens particulièrement organisés, méfiants, structurés, qui évoluent dans des aires urbaines qui sont hostiles, et qui laissent peu de traces.  » Après, les tirs, les voitures et les armes utilisées sont brûlées, et empreintes digitales et ADN partent en fumée.

« Narco ou terro ? »

En période d’urgence attentats, face à un risque terroriste extrêmement élevé, les policiers doivent réagir vite et bien, dès qu’ils sont alertés pour des coups de feu. « Il faut évaluer tout de suite si on est face à du droit commun ou du terrorisme. Si c’est du terrorisme, les forces de l’ordre doivent s’engager tout de suite pour neutraliser au plus vite les tireurs. Si c’est du droit commun, il faut limiter le risque d’échanges de tirs au milieu de la population », explique un policier.

« Depuis trois ans, on a établi une cartographie de la délinquance organisée par quartier et par spécialité. On doit être en mesure dans chaque ville de comprendre qui fait quoi dans les quartiers », explique le commissaire Fougereau. Un travail de fourmi, grâce aussi à la mise en commun du « renseignement criminel » entre services de police et de gendarmerie. « Ca peut être très basique, un agent de terrain qui signale un véhicule suspect, le contrôle de gens intriguant. Ça nous permet de positionner telle personne à tel endroit précis. » Dans chaque département, des cellules spéciales analysent ces renseignements. Lorsqu’éclate une fusillade, « on peut comprendre quel territoire est en guerre, et qui sont les forces en présence. »

Actuellement on a une dizaine de conflits, ouverts ou latents, et on travaille en amont, pour arrêter les malfaiteurs les plus violents.

En parallèle, reste le travail de terrain via les enquêtes ouvertes pour association de malfaiteurs, et qui permet de suivre de près les trafiquants identifiés.  » C’est le travail de la BRI, notre arme fatale. 95 % de leur travail, ce n’est pas d’investir en tenue d’assaut un endroit clos, mais c’est d’être en civil, seul. D’être des fantômes que les malfaiteurs ne peuvent pas voir, mais des fantômes qui ont de bons yeux.  » Malgré la difficulté des enquêtes, les policiers ne baissent pas les bras. « On est là pour surveiller et traiter les clusters de narcobanditisme les plus virulents. Actuellement on a une dizaine de conflits, ouverts ou latents, et on travaille en amont, pour arrêter les malfaiteurs les plus violents. il n’y a ni état d’âme ni fatalisme : on continuera à travailler, et à mettre sous les verrous les malfaiteurs les plus dangereux.

Source : https://www.midilibre.fr/2020/11/16/trafics-de-drogue-dans-les-quartiers-dans-la-region-la-police-face-aux-fusillades-en-serie-9202610.php.

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