Deux ans de prison ferme pour deux policiers qui avaient frappé un adolescent à Marseille

Partager :

Deux policiers marseillais qui avaient roué de coups un adolescent de 16 ans ont été condamnés en appel, mardi 3 novembre, à trois ans de prison – dont deux ferme. Une peine assortie d’une interdiction définitive d’exercer leur métier.

La cour d’appel d’Aix-en-Provence a allégé quelque peu la peine prononcée en première instance, et qui était de quatre ans de prison, dont deux ferme. « Elle a, cependant, alourdi la peine complémentaire, en leur interdisant d’exercer définitivement, ce qui est incohérent », a dénoncé leur conseil, Me Gérald Pandelon. Ce dernier a fait savoir qu’il « envisage le pourvoi en cassation ».

Lors de son réquisitoire en septembre, l’avocat général Denis Vanbremeersch avait assuré qu’il n’aurait « pas demandé » l’interdiction d’exercer « s’ils avaient reconnu les faits ». Le brigadier-chef Lionel Pourtalet et le gardien de la paix Thomas Bagnus, qui ne nient pas avoir patrouillé dans cette ruelle ce soir-là, ont toujours rejeté les accusations de violence et assurent même ne pas avoir rencontré la victime.

« Sale Arabe », « tapette »

Ishaq, 16 ans, habitant du Lot-et-Garonne, était en vacances chez ses grands frères à Marseille quand, ce 20 février 2018, il sort vers 22 h 30 acheter des cigarettes dans une épicerie de nuit. Au retour, dans une ruelle, il voit une voiture de police se garer à son niveau.

Selon la version du lycéen, un policier lui aurait d’abord asséné un coup de poing dans l’œil, sans aucune raison, puis, rejoint par son collègue, plusieurs coups de pied et de poing sur le corps et au visage. « Je leur disais : qu’est-ce que j’ai fait ? Et même je m’excusais. (…) En retour, ils m’insultaient de « tapette », en me disant de la fermer. Ils m’ont aussi dit « sale Arabe », « bougnoule » », raconte le jeune homme à La Provence. « Ils lui ont dit qu’il y avait eu un braquage et qu’il ressemblait au braqueur recherché », explique MSennaoui, « mais l’enquête de l’IGPN a démontré qu’il n’y avait jamais eu de braquage ».

ADN et stylo « Alliance »

Le témoignage de l’adolescent, lui, a été corroboré par l’épicier, qui avait repéré la voiture de police et a revu l’adolescent juste après l’agression. Ses agresseurs ont été identifiés par la description du véhicule et des fonctionnaires.

Surtout, l’ADN de l’un des policiers avait été retrouvé sur un stylo siglé « Alliance » (un syndicat de police) que ce dernier avait laissé tomber sur place, et celui de l’autre policier sur une manche du survêtement de la victime.

Le jeune homme souffre maintenant de problèmes de vue à cause de la fracture du plancher orbital dont il a été victime et est suivi par un psychiatre pour son traumatisme, selon son avocate Me Linda Sennaoui.

« Quand ça va te tomber dessus, tu vas voir… »

Une enquête de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) cible, par ailleurs, depuis la mi-mai des fonctionnaires marseillais pour d’éventuelles menaces proférées à l’égard du frère de la victime de violences policières, filmées par l’avocate de la victime. Quelques phrases émergent de la bande-son, que Le Monde avait alors écoutée : « Tu cherches la merde, ça te plaît, tu cherches la merde. Quand ça va te tomber dessus, tu vas voir… », « Si jamais, il t’arrive un truc… ».

Rudy Manna, secrétaire départemental d’Alliance – le syndicat était très actif dans le soutien des deux policiers condamnés – avait alors livré au Monde une autre version. « Selon les collègues présents, le frère de la victime est venu brancher les collègues, il les a nargués. Comme ils étaient sous le choc, ça en a énervé deux ou trois. Mais, dans cet échange, ce n’est pas le policier qui parle, c’est l’homme. »

Source : https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/11/03/deux-ans-de-prison-ferme-pour-deux-policiers-qui-avaient-frappe-un-adolescent_6058348_3224.html.

Partager :
Image par défaut
Allo17.fr

Retrouvez les actualités importantes et vérifiées police et gendarmerie des régions et départements en temps réel.

Publications: 272

Laisser un commentaire